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C’est une lettre que j’ai imaginée pendant des années sans jamais oser l’écrire — comme toutes ces lettres inachevées dont on se persuade que, une fois envoyées, elles solderaient tous les comptes passés. Le repas avec mes parents et la marche sous le ciel d’avril m’ont enfin décidé. C’est une chance à saisir. La dernière chance. Une lettre pour cet adolescent que j’ai croisé il y a près de trente ans et dont la photo, pour une raison qui me reste inconnue, a eu longtemps sa place dans l’album familial.
J’avais six ans. J’ignore son nom. J’ignore son âge. Il était pubère. Je ne l’étais pas.

Oublier ? Pardonner ? Surmonter ? Refouler ? Que peut faire Camille, avec deux « l » et un « e » — deuzéleu —, devenu adulte, pour survivre à ce qu’il s’est passé chez les B. ? Écrivain, il choisit d’écrire, pour témoigner. Sans rien épargner, sans rien excuser. Pour enfin être entendu de ceux qui ne l’ont pas écouté.

60 pages

Prix : 8 € Éditions Lunatique Pour commander Mes Deuzéleu

« Un beau livre à glisser dans les mains de toute bonne ou mauvaise conscience » - chronique de Jean-Claude Leroy sur son blog (Médiapart)

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« Avec le temps, le silence s’est mis à ressembler à l’oubli. » 1

« Ma plus grande peur : disparaître » 2
C’est-à-dire « ce qu’il s’est passé chez les B ». La banalité d’un viol n’a rien de banal. Comment vit-on ensuite avec la peur de ne pas en parler ? D’en avoir déjà parlé ? Parlé aussitôt fait. Parler pourquoi ? C’est fait. Si longtemps après.
Il y a eu parole – parce qu’il y a eu événement. Il y a même le procès d’un adolescent, qui ne semble pas se rendre compte. C’est pourtant lui. 
L’inconsidéré ?
« C’est à cette époque que je commence à écrire. Pour conjurer ma plus grande peur. Écrire pour ne pas disparaître. Pour laisser des traces. Mais écrire, comme tout le reste, avec la plus grande discrétion. Presque dans la clandestinité. » 3
Et pourtant c’est encore comme si cela n’avait pas été dit. Ou trop ou mal dit.
C’est surtout l’absence de sensation face au désir, et même l’absence de désir. Un résultat, cette sensualité qui ne sait se trouver ni grandir, s’épanouir. Elle a été bl…

« Donner forme plutôt que donner sens à ce qu'on a vécu » - un dimanche sur Radio Libertaire

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Pour (ré)écouter l'émission Des mots, une voix du dimanche 20 septembre 2020, animée par Thierry Clair-Victor et réalisée par Erwan Charton.

La plaie intime - entretien pour la revue « Persona »

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 « Écrire [...] est une manière de donner l’intime en partage » - entretien paru dans le numéro 12 de la revue Persona.

Cyrille Latour, né a Paris en 1978, partage ses activités entre musique (bassiste d’Emma Sand Group), scénarios pour la série Vestiaires et écriture (trois romans aux éditions L’Amourier). Son dernier récit, Mes Deuzéleu, paru aux éditions Lunatique, met en lumière les abus sexuels dont il a été victime et dont nous parlons aujourd’hui.Dans ton livre le protagoniste se nomme Camille avec deux LL et un E, d’où le titre. Ton prénom s’écrit aussi avec deux LL et un E. C’est ton histoire et pourtant tu as voulu changer de prénom, pourquoi ?Cette histoire, mon histoire, c’est moi, bien sûr, qui l’écris, mais c’est Camille qui la raconte, à la première personne. C’est lui qui dit «je» et, par là me permet, m’autorise pour la première fois, à dire «je» — un «je» double, donc, qui m’expose tout en me protégeant.C’est, je crois, une manière de tenir (un tout petit peu) c…

Rencontre à la BMVR de Nice, guidée par Michel Séonnet

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Souvenir audio d'une rencontre, le 9 octobre 2019, à la BMVR de Nice autour de Car l'amour existe, guidée par le toujours délicat Michel Séonnet.
(merci à lui d'avoir su si patiemment et intelligemment m'autoriser à parler de ce livre)

À écouter ici

« Comment me remettre à écrire ? Comment m'en remettre à l'écriture ? En passer par le film [de Pialat] était une façon de convoquer un intermédiaire qui me permettrait de redire "tu", à celle qui n'est plus là... »

" un très beau livre à l'écriture clinique, d'une sobriété confondante" - L'Espadon

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Livre qui tente de dire les non-dits et, par les mots, de faire parler les silences. Le soupçon du genre pose le cadre : Camille, un prénom dont on ne sait, au juste, s'il fixe une identité (masculin-féminin) ou déploie son ambiguïté. Une ambiguïté qui a cours pendant 50 pages. Honte ou colère ? Impuissance ou lâcheté ? Ecart entre la perception des événements par un enfant de six ans et leur réception par les proches, inconscience qui confine à l'indifférence, le petit garçon découvre un monde sans savoir toujours ce qu'il doit penser de ce qui lui arrive. Quel sens donné à cette rupture qui a les allures de la continuité vingt ans plus tard ? Il faudra cinquante pages au narrateur pour nommer le traumatisme, mettre des mots sur une réalité impossible à saisir, à comprendre. Que s'est-il passé ce jour-là ? A-t-on simplement joué, expérimenté ? Quelqu'un m'a-t-il réellement agressé ?    On joue un rôle par peur de déranger, on se fait discret dans …

"Faire comme si", pour maquiller le crime - chronique dans Les Cahiers de l'effpp

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Il est des choses qu’on ne veut pas entendre. Qu’on ne peut entendre. Je viens d’entendre les « deuzéleu » moi aussi, à la lecture de ce livre. C’est dire la force de l’interdit. De l’interdit de dire. De l’interdit de parler. Car il est impossible d’entendre. Mais que ne veut-on pas entendre ? L’auteur, dès les premières pages, nous dit avoir « attendu une vie entière », pour pouvoir enfin « nommer », « prendre pleinement conscience » de ce qui lui est arrivé, lorsqu’il avait six ans. Or l’auteur est encore jeune… il lui reste encore de la vie à vivre. Désormais il y aura pour lui une frontière, dont le tracé surgit avec la convocation pour un procès en assise. Comme si enfin le droit venait percuter silence, « le silence noir des bonnes familles ». Arracher les faux semblants, piètres oripeaux dont tout le monde s’est paré, croyant ainsi effacer le crime. Faire disparaître les preuves, au prix même de la négation de soi par la négation de l’autre. Laisser l’enfant se « voir disparaî…

"C'est autour du silence que la littérature travaille" - Chronique radio Kaléidoscope n° 30

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Chronique radio Kaléidoscope n° 30
Émission Paludes n° 911 du 4 octobre 2019
Radio Campus Lille

Mes Deuzéleu en (bonne) compagnie de Classe de mer de Benjamin Taïeb