Lu et approuvé par Benoît Reiss



« En le lisant, j'ai pensé à cela: que c'était une prière dont le médium était le film de Maurice Pialat » : Benoît Reiss, auteur dont j'admire l'écriture et la sensibilité, m'a fait la grâce de lire Car l'amour existe et de m'en parler dans une lettre qui me bouleverse...


Cher Cyrille,

j'ai lu Car l'amour existe. Ensuite, bien sûr, j'ai regardé le film de Pialat. Les deux expériences ont été des moments étonnants. Votre texte est une chose - est-ce que je peux dire cela, une chose ? ce n'est pas un mot négatif pour moi – une chose inconnue, avant d'avoir été lue. Pour moi, votre texte a été comme une écriture du film, comme on dit qu'un film peut-être une mise en image d'un livre – on dit : tiré d'un livre ; Car l'amour existe, lui, est tiré d'un film. Je crois qu'on ne peut pas penser votre livre sans envisager de voir ou de revoir le film. Cela, je crois, n'a pas de sens. Votre façon de décrire exactement le film, le plus exactement possible je crois, avant même d'essayer de l'interpréter ou l'expliquer, a donné un résultat unique pour moi : je lisais, je voyais les images à la lecture, j'allais les confirmer ensuite sur le film et le film devenait le lieu de rencontre de celui qui écrit et de celui qui lit. Et la chose qui est votre texte et que je ne sais pas nommer advenait : une rencontre possible, vraie, hors du texte. Une rencontre physique par la vue et le son. Je regardais le film que vous veniez d'écrire, comme si je rencontrais l'auteur mais mieux que cela : je rencontrais le livre, les mots. Mieux que l'auteur, en l'occurrence, car l'auteur n'est pas ses mots. Expérience inédite.

Voilà ce qui a rendu pour moi cette lecture unique. Mais il y a aussi votre écriture. Très proche, reconnaissable, je crois, et en même temps plus développée, plus riche que dans vos livres précédents. Mais la même voix. Un peu changée peut-être. Cela est rare : lire un livre d'un contemporain qui fait entendre une voix. Elle n'a rien à voir, je pense, mais aujourd'hui je reconnais la voix d'Annie Ernaux. Bien sûr, il y a eu Pierre Michon. D'autres, mais peu nombreux. Je ne compare pas. Je veux seulement dire que j'ai retrouvé votre voix dans ce nouveau livre. La même, voix exigeante et fraternelle, que je veux trouver dans les livres que je lis et que je trouve trop rarement. (…)

Il y a beaucoup de choses à dire sur cette chose qu'est votre livre, Car l'amour existe. Mais en le lisant, j'ai pensé à cela: que c'était une prière dont le médium était le film de Maurice Pialat. (…) Prière sans dieu. Prière dont l'autel sont les images. (…)


Benoît Reiss, auteur et co-directeur de Cheyne Éditeur

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